Evasion nocturne [PV Hideki]

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Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Sam 5 Aoû - 18:46

Évasion nocturne
Je posais ma plume dans son porte-plume, à côté de mon carnet que je pris soin de fermer, pour que le message puisse s’envoyer. Mes cauchemars m’avaient coupé toute envie de dormir, et je n’avais aucune intention de rester seule ici, enfermée dans la nuit. J’enfilais donc mes bottes fourrées beige, et les fermaient avec leur petit flots rosés. Puis, par crainte des nuits trop fraiches, j’emmenais sur mes épaules un petit châle à carreau violet. N’arrangeant pas d’avantage ma tenue, je m’aventurais discrètement dans les escaliers, puis sortais dans la cour, devant l’internat. La brise traversa le coton de ma robe de nuit, et mes cheveux voltigeaient sagement. Ce froid me faisait vivre au moins autant que mes crampes et que mon dos endolori. Sans même regarder le paysage, je me mis à errer dans la nuit noire.

Je me souvenais très bien de ce rêve qui m’a éveillée… Je me souvenais du sang s’écoulant lentement de sa tempe jusqu’à son menton pour gouter lentement sur les carreaux froids. Je me souviens des barreaux qui le séparaient de son bourreau. Je me souviens qu’il a souri et qu’il m’a remerciée d’être là. Il n’a pas dit mon nom mais… mais il parlait forcément de moi. Je me laissais aller d’un pied sur l’autre, cherchant à échapper à la douleur. Seulement, le problème, c’est qu’elle n’était pas dans ce parc, ni à l’hôpital, ni dans ma chambre, ni même chez ma tante : elle était en moi. Je la sentais évoluer lentement dans mes entrailles et je sentais mon cœur se briser. Mon dos me fait mal… Je sais que je vais avoir une marque, mais personne ne la verra… plus personne n’est là pour la voir ! Je regardais la larme qui venait de s’échouer glisser lentement sur ma manche, comme sur un toboggan. Je la voyais, aspirée par le bout de ma manche, aspirée par le néant et la solitude. Je ne voyais rien d’autre… Il n’y avait ni sol, ni plafond, ni mur. Je marchais dans le vide, comme mon cœur naviguait dans la peine.

Je sentis quelque chose heurter le cuir de ma botte et, en un quart de seconde, je me retrouvais propulsée en avant et en-bas. Mince. Je n’ai pas sentis de rebord. A quelle hauteur j’étais ? Je n’en sais rien. Je sentis quelque chose en-dessous, quelque chose qui a amorti ma chute. Je me demande ce que c’est… Doucement, je me relève, accroupie, les jambes encerclant quelque chose que je ne saurais voir avec toute cette ombre et le tournis dans ma tête. Doucement, je clignais des yeux, frottant mon œil gauche.


« Hum… »

Je réalisais alors que j’avais heurté quelqu’un, que j’étais à califourchon sur cette personne, en robe de chambre, avec ma couverture pendue à un buisson et mes cheveux dérangés. Rougissant de plus belle, je tentais de jauger la personne qui me faisait face. Non. Ce n’est pas possible.

Là, couché, sur le sol, entre mes jambes tremblantes et dénudées, il y avait cet idiot et sa stupide canne. Sans prendre garde au couvre-feu, je me mise à crier et me propulsait de toute mes forces en arrière, pour finir assise parterre, haletante. Non, non, non ! Déjà que je dois me coller l’internat et tous ces stupides miroirs que je n’avais pas chez moi, je dois encore le supporter, lui, en pleine nuit ? Et moi qui pensais être seule ! L’école est grande, il veut ne pas jouer ailleurs ? Sérieusement, je n’ai jamais eu si peur…

Lentement, je me redressais. Bon. C’est toi qui es tombée du ciel comme une idiote ! Il t’a pas cherchée cette fois ! Ne t’abaisse pas à sa hauteur ! Ha… Après un soupire étouffé, je balbutiais, débordante de gêne et de honte :


« Je… Désolée… Je… Je suis tombée et… Je ne t’ai pas vue, dans la nuit… Je… Tu n’as pas l’air de m’apprécier alors je vais… Je ne pense pas rester bien longtemps… Je… Je vais trainer ailleurs… »

Sur ce, je me levais et partais à la recherche de la couverture pour emballer mes épaules et commencer à m’en aller. Visiblement, cette nuit ne sera pas à moi si tu n’es pas là… Pourtant ce soir-là, quand j’ai fait cet horrible  rêve, que je suis venu te voir, tu m’as réconforté et tu m’as dit… Tu as dit  que tu m’offrais les nuit pour ne plus qu’elles ne me torturent… Depuis que tu n’es plus là pour veiller sur moi, même la nuit n’a plus de scrupule à me faire du mal… Tu me manques, c’est affreux…

« Je tâcherais de ne plus te déranger… »

Je m’effaçais avec ma mine sombre et ma demi-voix. M’a-il seulement entendu ? Au pire, à quoi bon ? Il me déteste… Je ne sais rien faire à part ça : me faire détester.


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Darren le Dim 6 Aoû - 14:18


Aujourd’hui, j’ai reçu un message de mon frère. J’ai enfin reçu un signe de vie. Il disait m’aimer, il disait que je lui manquais. Il disait que je devais lui retourner, que je n’avais rien à faire ici. Il a dit qu’il viendrait me voir. Mais… j’ai peur. Il voulait m’arracher à l’Académie, je le sentais. Je me souviens… notre séparation avait été si rude. Il avait refusé de me laisser partit, mais il avait cédé. Il savait que cela était mieux pour moi, mais maintenant, c’était trop dur… j’étais tout de même soulagé de savoir qu’il pensait encore à moi, et que mes pensées étaient siennes également.

Il avait été très difficile pour moi de trouver le sommeil, dans la journée. J’étais si bouleversé par cette annonce, je ne pouvais pas m’endormir ! J’avais d’abord cru rêver, mais non… c’était bien vrai. Il comptait venir en Angleterre, mais… je ne veux pas rentrer chez moi. Je… je ne suis pas bien à l’Académie, mais c’est le seul lieu au monde où on me permet d’améliorer mon don, et de côtoyer des personnes comme moi : des personnes qui ont un don. Mon frère n’a pas de don. Je crois que je ressentirais un manque si je retournais vivre avec lui…

Pas un seul retour de mes parents. Mon frère, ô mon frère… je n’avais pas su quoi lui répondre ! Je me souvins avoir lamentablement pleuré… le seul que j’aime… pense encore à moi ! Je suis là, dans son cœur. Il viendrait me trouver : c’était impensable ! Je tremblais d’avance, pétrifié d’excitation, de désir, et d’angoisse. Malheureusement, j’allais devoir encore attendre un peu avant de le retrouver. Je le savais occupé… c’était d’ailleurs l’une des raisons qui m’avaient poussé à croire qu’il ne viendrait jamais et qu’il m’oublierait avec le temps. Avec du recul, je me trouvais vraiment bête ! Comment ais-je pu penser à un seul instant qu’il m’abandonnerait !? Notre amour est éternel et illimité ! Malgré l’incident avec ce… Lacerta…

J’avais rencontré ce garçon aux alentours du portail. Il venait fraîchement d’arriver, mais pas de chance pour lui, il faisait encore nuit. J’avais tenté de l’aider comme je pouvais, mais il avait du user de son pouvoir, et cette action l’avait grandement affaibli… un peu, il avait perdu connaissance ! Je l’avais traîné avec difficulté jusqu’à l’intérieur, puis j’avais tenté de le mettre dans un endroit confortable : je ne pouvais pas l’emmener à l’infirmerie ! Je l’avais veillé jusqu’à son sommeil, et je me souvenais avoir souvent collé mon oreille contre sa poitrine, effrayé à l’idée de le voir mourir. Lors de son inconscience, j’avais saisi ses mains froides entre les miennes, petites et un peu plus chaudes. Je ne savais toujours pas pourquoi j’avais agi comme ça… avec du recul, cela me brisait le cœur… j’avais manifesté quelque chose pour cet homme, je ne sais pas quoi. Il ressemblait tant à mon frère… ce corps si chaud, si rassurant… Je m’en voulais d’avoir agi comme ça.

Néanmoins, j’en étais là. Je trépignais tellement d’excitation que je n’avais même pas pris la peine de remonter à mon dortoir après le repas du soir. J’avais rejoint les jardins, et je m’étais d’abord mis dans l’herbe. Tout en jouant avec mes doigts, je pensais : on m’avait retiré mon bandage, je ne prenais plus de médicaments. Je n’avais plus à me traîner cette fichue sacoche lourde et encombrante ! Faire des mouvements du torse n’était plus un calvaire pour moi, et je trouvais ma vie bien plus aisée. Puis bien sûr, seul dans la nuit, je fantasmais déjà, inventant mille scénarios dans ma tête à propos des retrouvailles avec mon frère. Je le voulais vraiment.

Bientôt, une brise fraîche me sortait de mes pensées. J’étais tout engourdi, comme si j’avais dormi. Je regardais autour de moi, mais je ne vis personne. Tant mieux, je serais tranquille ! Je m’étirais longuement comme je n’avais jamais fait depuis longtemps puis, un sourire franc et heureux aux lèvres, je fermais les yeux et j’écoutais le bruit du vent. Quelque chose de brusque me tira soudainement dans mes pensées. J’entendais un petit cri, et quelque chose, ou plutôt quelqu’un, me tomber lourdement dessus. Lorsque j’ouvris les yeux, je vis une violente tache rouge obstruer mon champ de vision.

C’était une fille. Elle était sur moi à califourchon. Je sentais sous mes doigts le contact d’un habit doux, sûrement en coton, qui était assez court pour laisser apparaitre de fines jambes. Pas de doute, une fille, qui était sûrement en robe de nuit ! Hey, c’est quoi cette position !? Je me sentais étouffé, mais cela me rappelait de bons souvenirs en même temps. De vieux souvenirs… pourquoi était-elle comme ça ? Comment avait-elle fait pour tomber comme ça ? Quelle conne ! Puis, elle se dégageait brusquement, se rendant compte de son erreur, et en criant à la mort. Avant qu’elle ne puisse se relever, je bondissais sur elle, la couchant violemment à terre. J’aplatissais ma main sur sa bouche, puis je murmurais d’une voix menaçante et chargée de rage.

« La ferme ! On ne devrait pas être là à cette heure-ci, et si on me prend à cause de toi, je te jure que tu vas regretter d’être née ! » Je marquais une pause. « Ne crie pas comme ça, pauvre attardée. »

J’étais à quatre pattes au-dessus d’elle.


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Dim 6 Aoû - 16:37

Évasion nocturne
Alors que  mon corps se balançait en arrière, ce malade me bondit dessus, bloquant ma bouche et ma respiration à demi. Il me maintenait à terre, à quatre pattes au-dessus de mon corps tremblant. Au secours ! Je voulais hurler, et je mis un moment à cesser de lâcher des petits bruits à travers sa main. Un peu calmée, les frissons causés par les brindilles qui chatouillaient ma nuque se répandirent dans tout mon corps. J’étais immobilisée. Comment lui en vouloir ? Je suis en tort. Je devrais disparaître de sa vue une bonne fois pour toute… Il s’approcha de mon oreille et murmura d’une voix de tueur :

« La ferme ! On ne devrait pas être là à cette heure-ci, et si on prend à cause de toi, je te jure que tu vas regretter d’être née ! »

C’est déjà le cas, pauvre con ! Tu ne peux rien faire que n’ai déjà vécu ! Tu ne saurais me faire plus de mal… tes petits coups de gamin teigneux ne m’atteindront pas ! Il marqua une pause un peu allongée. M’a-il reconnue ? Je n’en ai pas l’impression. Alors qu’il me laissait le temps d’agir, je dégageais sa main de ma bouche, prenant une grande inspiration. Je lui répondais alors, les yeux dans les yeux, déterminée à défendre mon point de vue, restreignant tout de même ma voix à un souffle :


« Si tu t’étais pas comporté comme un connard ce matin j’aurais pas réagis comme ça, crétin ! Et je ne vois pas comment tu peux me faire regretter d’avantage ma naissance. »

Tremblante, je reprenais mon souffle. Soudain, alors que je sentais son souffle sur ma joue humide, je me rappelais de cet homme m’ayant plaqué au mur pour m’embrasser. Je me rappel Roy qui revenait d'une dispute, me trouvant, terrorisé. Je me souviens de son visage terni par la colère et la haine.



Sans Roy, que serait-il arrivé ? Merde ! Il ne peut pas venir me sauver… Immédiatement, je regrettais mes propos. Que va-t-il faire de mon corps ? Pourquoi j’ai si peur ? Comme si je n’étais pas déjà une poupée… Après m’être un peu calmée, je lâche, tournant la tête sur le côté, n’osant pas soutenir son regard :

« J’ai compris… Je… Désolé… J’aurais dû faire attention… Mais s’ils nous entendu, tu devrais partir… Je… Je promets d’arrêter de te causer des ennuis, je vois bien que tu me détestes… »

Sauf si t’es un gros pervers du genre à rentrer dans la chambre des filles. La lune éclairait merveilleusement les jardins où nous étions secrètement couchés. Je pleurais de peur à l’idée de ce qu’il pourrait faire de ses mains ou de sa canne. Je tremblais de tout mon corps. Je voulais mourir, ici et maintenant. Le voir ainsi, capable de me manipuler, ces souvenirs où il venait à mon secours, c’était si douloureux… Je ne pouvais pas le voir en peinture et pourtant… Pourquoi sort-il la nuit ? Qu’est-ce qui a fait de lui cet « insomniaque » ?  Je déglutis bruyamment. Comment ? Je ne voulais pas déranger leur petite vie tranquille. Si seulement j’avais pu rester dans leur stupide cadre ! Pourquoi faut-il toujours que je me comporte comme une idiote ?


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Darren le Lun 7 Aoû - 18:33

« Si tu t’étais pas comporté comme un connard ce matin j’aurais pas réagis comme ça, crétin ! Et je ne vois pas comment tu peux me faire regretter d’avantage ma naissance. »

Quelque chose se brisa en moi. Je sentais le temps filer entre mes doigts, les secondes, s’égrener inexorablement. Je sentais le vent bourdonner à mes oreilles, les ténèbres de la lune m’envelopper, m’emporter. Connard. Crétin. C’était donc tout ce qu’elle retenait de moi ? Voilà les seuls adjectifs qui lui venaient en tête lorsqu’elle pensait à moi ? Pourquoi m’insultait-elle ? Je l’avais aidée et protégée ! Si nous étions pris, ça aurait été uniquement de sa faute, puisque j’avais cherché à la faire taire !

Une haine énorme se mit à bouillir en moi, en mon for intérieur. Cette garce… elle n’en avait pas assez appris de la vie !? C’était encore une gamine ! Lorsque je la voyais tourner la tête sur le côté pour éviter de soutenir mon regard, j’approchais une main rageuse de son visage et je lui empoignais le menton. D’une main forte et agressive, je lui tournais brusquement la tête pour qu’elle me regarde dans les yeux et je m’asseyais sur ses hanches en y mettant tout mon faible poids.

« T’as peur de qui ? De moi ? »

J’étais loin de la détester, malgré ce qu’elle pouvait croire. Je n’aimais personne, et encore moins les femmes… je voulais juste m’amuser un peu. Malgré toute la détresse et l’angoisse qu’elle pouvait ressentir, je ne parvenais pas à me mettre à sa place. J’ai tant de fois été brutalisé, j’ai… j’aimerais des fois rendre la pareille. N’importe qui. J’avais envie de la frapper au visage, de lui faire peur.

De lui faire peur en tant qu’homme. Je soupirais, las déjà de mon jeu. Elle était si facile, mais elle avait quelque chose d’étrange… elle avait dit que je ne pouvais lui faire plus regretter sa naissance. Toujours assis sur ses hanches, en lui tenant le menton fermement d’une main, je pensais : qu’est-ce qu’il avait pu lui arriver ? J’adoucissais légèrement ma prise.

« Tu sais que c’est dangereux pour une fille de se promener la nuit en robe de chambre ? »

Je lui adressais un sourire sadique et empreint de mauvaise malice. Je ne lui ferais rien. Jamais je ne pourrais faire ça, je n’étais pas comme ça… je veux juste effrayer, ou frapper. Mais pire, non… c’est impossible. Je n’en voyais pas l’intérêt. Surtout avec une fille… non, effrayer ! C’est tout ce qui importe.


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Lun 7 Aoû - 20:36

Évasion nocturne
D’un geste vif et agressif, il agrippa mon menton, m’obligeant à lui faire face. Je ne pouvais pas m’empêcher de voir les visages de tous ces gros dégelasses. Je ne pouvais pas m’empêcher de sentir chaque infime sensation que j’avais pu ressentir, et une vague de dégoût monta dans ma gorge. La bile remontait son chemin mais je fis face, plus forte que jamais. Je ne lui montrerais pas ce que la vie m’a fait, malgré la surhydratation de mes yeux qui me trahissait. Il s’asseyait sur moi, me maintenant au sol de tout son poids. Tout ce que je ressentais, c’était un vague déjà vu. Je me souvenais de la peur qui parcourait mon corps et me secouait de sanglot à l’époque comme de leurs mains sales et malintentionnées se promenant où il ne fallait pas. Je me souvenais des coups, des regards, des premiers jours. Je me souvenais de ma mère qui m’avait tenu le menton pour me forcer à l’embrasser. Je me souvenais de cet homme qui avait cru je-ne-sais quelle fable quand l’enfant de six ans que j’étais lui a fait un signe de main, qui avait escaladé le grillage pour se coucher sur moi. Je me souviens comme je hurlais, comme je tremblais, comme je pleurais à chaque fois.

« T’as peur de qui ? De moi ? »

Non, de moi. Si la bile n’avait pas un campement dans ma gorge, je lui aurais dit ça, sûrement. J'avais peur de tous les connards écervelés qui en voulaient à mon cousin, mais pas de toi. Ses yeux étaient plus noirs que la nuit autour. Ils me fixaient comme on fixe un enfant désobéissant, comme on fixe quelqu’un qu’on déteste, quelqu’un qu’on aime faire souffrir. Ce regard, je le connaissais. Je ne pouvais pas m’en empêcher, y penser était plus fort que moi. Je me souvenais de ce regard qu’il avait eu ce soir-là, quand on était en Allemagne, quand on visitait la grande ville. « Le regard des gens qui veulent offrir aux gens ce qu’ils ont ressentis ». Je me souviens de ma réponse à son explication, mais je ne l’offrirais pas à un type comme lui. Il ne mérite pas cette réponse-là ! Alors qu’il relâchait mon petit menton d’enfant, un peu, je lui jetais un regard perdu. Pourquoi faire ça ?

« Tu sais que c’est dangereux pour une fille de se promener la nuit en robe de chambre ? »

Bingo. Un pervers. Un idiot de pervers, quelque chose de petit, d’insignifiant. Il pense me faire du mal. Je lâchais un rire rauque. Je ne mérite pas mieux. Ce corps ne veut rien dire sans Roy, je ne veux rien dire sans lui. Qu’il me fasse ce qu’il veut ! Je n’en ai rien à faire de ses menaces ! Je le regardais, droit dans les yeux, déterminée. Toute la peut autrefois ressentie s’était envolée. Je me sentais libre de lui faire ce que voulais, libre de me défendre. Soudain, en regardant ses yeux désireux de me faire du mal, je lâchais, froidement :

« J’ai pas peur de toi. »

Puis je le détaillais à nouveau. Je voyais cette douleur qu’il évitait de me montrer, ce même regard assassin, ce regard vengeur. Non… ça ne peut pas être ce regard… Il n’est pas pareil du tout. Roy, je l’aimais. Jamais je ne pourrais aimer ce tortionnaire en face de moi.

« Pendant un instant j’ai cru que tu pouvais être comme lui. On fait tous preuve de bêtise, pas vrai ? »

Il n’aurait jamais fait de mal à une innocente, jamais. Il n’aurait jamais frappé une enfant. Il n’aurait jamais… Il ne l’aurait pas fait devant moi mais… déboussolée, je perdais en assurance. Est-ce que ça plairait à Roy ? Et s’il n’en savait juste rien ? Je… « Ne blâme pas un regard comme ça de haïr. Nous ne haïssons pas, nous avons peur, comme de simples bêtes blessées. » Et s’il était comme lui ? Et si c’était de la douleur ? « Tu ne dois plus jamais me voir ainsi. » Il ne me l’avouera pas, à moi, une inconnue. Je ne peux que rester sa proie…

« Il n’avait pas non plus fini de lécher ses plaies, mais il ne m’a jamais vu comme un chasseur, lui. »

Mon regard se perdait quelque part sur son visage, tandis que je me figurais ce cousin accueillant.


Je me souvenais avec peine comme c’était dure pour quiconque sinon moi et maman de venir trop prêt. Même ses frères et sœurs se tenaient à distance. « C’est juste un animal blessé ma chérie », m’expliquais ma chère tante, la voix aussi triste et compatissante que pour parler de ma mère, « il lui faut du temps pour lécher ses plaies ». Doucement, je me remis de mes émotions, de ma chute, de l’enchainement d’évènements. Je suis la seule fautive. Il a raison, je vais lui attirer des problèmes si je reste.


« Je n’aurais jamais dû venir à Tsuki. »


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Darren le Sam 12 Aoû - 15:27

« J’ai pas peur de toi. Pendant un instant j’ai cru que tu pouvais être comme lui. On fait tous preuve de bêtise, pas vrai ? Il n’avait pas non plus fini de lécher ses plaies, mais il ne m’a jamais vu comme un chasseur, lui. Je n’aurais jamais dû venir à Tsuki. »

Je haussais un sourcil, légèrement interloqué par cette réponse. En effet, la première phrase était pourvue de sens et en accord avec la situation et ce que j’avais pu dire précédemment mais… la suite ! C’était à n’y rien comprendre, mais si j’y réfléchissais intensément. Quelle pauvre folle… à qui parlait-elle ? Elle était complètement attardée ! J’avais envie de la frapper, et de lui dire de la fermer, mais je ne le faisais pas. Si je le faisais, j’irais au-delà de la simple impression de frayeur que je voulais lui donner.

Je me relevais et m’asseyais à côté d’elle, en soupirant d’un air las et exaspéré. Cette gamine était une véritable tare, et si elle n’était pas là, ça aurait été bien mieux… en tout cas, elle m’avait fourni une belle scène d’action ce matin… mais c’est à cause de cette petite garce que je n’ai plus de canne. Oui ! Si elle ne m’avait pas énervé, je ne l’aurais pas frappée, et ce con de professeur n’aurait pas brisé ma canne en morceaux ! Comment pouvait-elle penser, à une seule seconde, que la vie était facile pour moi, sans ma précieuse canne !? Et ma canne, je l’avais depuis si longtemps ! Mon nom avait été gravé dedans ! C’était un souvenir d’enfance, on n’avait pas le droit de me l’arracher… je me sentais triste.

Une chose me dérangeait encore. Pourquoi Sally avait tenu à me protéger du poing vengeur de Nysphri ? Pourquoi s’était-elle mise devant moi, et avait pris le coup à ma place ? Ça n’avait pas de sens ! Cela se voyait qu’elle ne m’aimait pas, alors pourquoi me protéger, si ce n’est qu’à cause de sa pitié ? C’était cela, donc… elle avait juste eu pitié de moi. Je lui ferais ravaler sa pitié, si c’était vraiment ça. Je soupirais, et demandais.

« Pourquoi m’as-tu protégé, ce matin ? »

Je ramenais mes genoux contre ma poitrine, les yeux plongés dans le vide d’un air las. Que me voulait cette fille ? Pourquoi je l’avais rencontré par hasard, deux fois dans la même journée ? Pourquoi ses paroles étaient si insensées ? Pourquoi m’avait-elle protégée ? Tant de questions qui trottaient dans ma tête, et qui ne trouveraient peut-être pas leur réponse… Voulait-elle quue je lui sois redevable, que je lui doive… une dette ? La bonne blague ! Si c’était le cas, elle pouvait toujours courir… peut-être qu’elle voulait simplement se rapprocher de moi… mais no, elle ne m’aimait pas ! Enfin, je crois… tout cela me semble si étrange. Je serrais mes poings, plein de rage en repensant au bruit que ma canne avait produit alors qu’elle se brisait, et que ses morceaux s’éparpillaient au sol.


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Sam 12 Aoû - 18:25

Évasion nocturne
Alors que je finissais de vider mon sac, que je finissais de lui donner raison, il haussa un sourcil. A-il changé d’avis depuis ce violent coup dans le dos ? Se sent-il redevable de ce coup que j’ai pris pour lui ? Ce serait stupide ! Il semblait réfléchir, ne pas comprendre. Je m’égare, c’est ça ? Je pense… qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? Mon précieux cousin est perdu si loin que je ne peux m’empêcher de me figurer à ses côtés… Je fais tant de mal… J’ai dû lui causer tant de peine, à ce pauvre garçon… Il semblait agacé, alors qu’il contracta tout un tas de muscle pour se relever et se laisser tomber à côté de moi. Il avait l’air épuisé par cette journée, non… Il avait l’air fatigué de sa propre vie. Il avait l’air agacé, énervé, épuisé, nostalgique, tout un tas de chose. Je devrais m’excuser… Je sais que venir à Tsuki était une terrible erreur mais… Je ne pouvais pas parler.

Je voyais son visage crispé par sa réflexion, crispé par la douleur. Il a l’air tellement pareil à mon précieux cousin mais… Non… Il n’aurait pas fait de mal à une inconnue sans raison mais… Ses yeux étaient embués, aussi tristes et insondables que les siens… J’ai envie de pleurer quand je pense à sa douleur. Il doit avoir tellement mal… Je me mis à regarder les brindilles dansant seules dans la nuit noire tandis qu’il s’énervait sur une histoire que je ne connaissais pas. Pourquoi ne pas simplement me laisser partir ? Je ne lui ferais plus rien… Plus jamais… Une de mes larmes de lâche dévala ma joue, alors que je me souviens de ce jour où la main sanglante de celui que je voyais comme mon frère s’enroula autour de mon bras. Je me souviens juste de ça : il ne voulait plus être seul et enfermé dans sa solitude. Peut-être que c’était ça… Il me déteste, mais, si je me tais, je peux rendre plus chaleureuse sa nuit de silence.

Cette idée me paraît bonne, alors je me laisse aller et soupire longuement, bercée par la nuit, détendue par la tristesse de son regard perdu. On ressemblait, là, à deux pauvres âmes esseulées, réunies par leur même ciel de torture et de souvenirs douloureux. J’aurais aimé lui prendre la main pour lui signifier ma présence, mais j’avais tellement peur qu’il la rejette comme n’importe qui le ferait. Il soupira plutôt longuement et demanda, comme si mon acte n’avait aucun sens :


« Pourquoi m’as-tu protégé, ce matin ? »

Il ramena ses genoux à sa poitrine, comme pour s’enfermer dans un monde de sa facture. Sa question raisonna un nombre incalculable de fois dans ma tête. Pourquoi l’avais-je fait, déjà ? Je ne m’en souviens pas vraiment… Je déteste voir les mains de gens se couvrir de sang… Mais… Me couvrirais-je de sang pour empêcher ça ? Non. Alors pourquoi ? Ses yeux avaient quelque chose de fort… Et cette canne brisée en face de moi, cette rage, ces gens qui se font du mal… Si je n’avais pas été là, ils n’auraient rien fait… Je suis la cause de toute cette agitation, au fond… Il lui ressemble tellement, c’est fou ! Je revois ce jour où il s’est effondré, frappé au visage par un idiot qui protégeait sa fille. Je ne sais plus comment tout ça a commencé, mais je me souviens de cette haine que je trainais avec l’amour qu’on portait… Il serrait ses poings, comme s’il avait préféré se faire frapper.

« Il y avait ce garçon avant… Il avait ton regard… Je… C’était naturel… Instinctif… Je suis désolée si je t’ai blessé, je sais que je cause beaucoup de soucis aux gens… »

Ma voix devait être noueuse. Je n’avais parlé de Roydon à personne avant… Je lâchais, comme si je parlais à une personne proche de moi depuis toujours :

« Il était toute ma vie, et j’ai trop souvent laissé la sienne sombrer dans la violence et la peine… Je… Je pense que je n’en peux juste plus de cette violence qui m’accompagne partout… Tu ne méritais pas ce coup… Enfin… Je parle certainement trop… Si… Si tu veux que je m’en aille, tu as juste à le dire, et je disparaîtrais dans l’ombre… »

A mon tour, je ramenais mes genoux à moi, y déposant ma tête, songeuse. Que se passera-il s’il m’en veut réellement ? Pourrais-je le laisser me blesser ? Cela lui fera-il au moins un peu de bien ? Je l’espère, s’sincèrement… Les larmes dévoraient mes manches alors que son visage doux habitait l’obscurité. Il était la lune… Une lune horriblement seule, inatteignable, cruelle… Il soulevait les océans et illuminaient la nuit… Mais parfois, son visage disparaissait. Et, maintenant qu’il est parti, la nuit semble affreusement vide. C’est sûrement à ça que ressemble la peine… Une voix qui s’échappe lentement, un corps qui s’effondre, un cœur qui se serre et des centaines de larmes silencieuses et sans fin aucune… ça doit être ce monstre grossissant dans ma gorge, dans mon ventre, cette horrible sensation d’être plus glacée que les fenêtres de la petite maison de Chatham, au milieu de l’hiver… J’ai envie de m’arracher le cœur et de le rejoindre là-haut, dans cette lune solitaire… Ne brillait-elle pas plus intensément quand nous la regardions ensemble ?



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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Darren le Lun 14 Aoû - 12:27


Évasion Nocturne


Maybe you can even sense our lifestyles are probably comparable... I simply am not there.
« Il y avait ce garçon avant… Il avait ton regard… Je… C’était naturel… Instinctif… Je suis désolée si je t’ai blessé, je sais que je cause beaucoup de soucis aux gens…Il était toute ma vie, et j’ai trop souvent laissé la sienne sombrer dans la violence et la peine… Je… Je pense que je n’en peux juste plus de cette violence qui m’accompagne partout… Tu ne méritais pas ce coup… Enfin… Je parle certainement trop… Si… Si tu veux que je m’en aille, tu as juste à le dire, et je disparaîtrais dans l’ombre… »

Mais de qui parlait-elle, diable !? Je réfléchissais un peu, et émettais l’hypothèse qu’elle devait sûrement parler d’un garçon qu’elle aimait beaucoup et dont elle se sentait très proche. Un petit ami, peut-être ? Un cousin, un frère, un père ? Ah ! Quelle bonne blague ! Je penchais pour le choix du petit ami, ça me semblait plus qu’évident. Alors ce mystérieux garçon avait mon regard ?, Mais quel regard avais-je ? Je ne me suis jamais vu dans la glace : je n’ai jamais vu le reflet de mes prunelles, ni de moi-même entièrement aussi.

Quand je pense à ça, il m’arrive de croire que les autres, ceux qui sont capables de me voir, me connaissent plus que moi-même je ne me connais. Admettons ! Ils savent à quoi je ressemble… ils savent de quelle couleur est ma peau, de quelle couleur sont mes cheveux, quelle expression luit au fond de mes prunelles aveugles : que différencie des yeux aveugles des yeux d’une personne normale ? Je ne savais pas, et même si on me l’expliquait, je ne comprendrais pas. Pareil pour mes vêtements… ma mère avait beau m’expliquer à quoi ressemblais les motifs, les couleurs, rien ! Je n’ai saisi le concept de « couleur » seulement lorsque mon pouvoir s’est activé… là, j’ai appris le rouge, le bleu, ainsi que le violet.

Alors, ce garçon était toute sa vie ? Je fus secoué d’un violent spasme. Son petit ami… se pouvait-il que… ? Non, c’était impossible… Je me mettais à trembler. Mon frère… mon frère n’a jamais été mon petit ami, mais il a toujours été toute ma vie, comme elle le disait si bien. Et ma relation avec mon frère… elle n’avait rien de normal. Personne d’autre n’avait cette relation avec son frère, c’était puissant et intense… oui, il est toute ma vie aussi. Je posais mon regard froid et globuleux sur la jeune fille, tout en tremblant. Pensait-elle, à cet instant, que nos vies sont comparables ? Non, je ne pense pas.

« Qui était ce garçon ? » Je marquais une pause. « Ton frère ? »

Non, nos vies ne sont pas comparables. Ne t’attends pas à ce que je te parle de moi, je ne veux pas que tu ais pitié.
#iwhae pour epicode


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Jeu 17 Aoû - 2:54

Évasion nocturne
Peut-être brillait-elle plus fort… Je ne le saurais jamais… Dans un soupire, je tournais la tête pour l’observer dans sa longue réflexion. Mes propos étaient-ils si nébuleux ? Avait-il tant de mal à se les figurer ? Certainement… Peut-être que mes mots sont comme la lune, qu’ils n’ont de sens que pour certains… Peut-être ne sont-ils qu’une image, qu’une onde de plus trainant dans cet immense espace saturé pour les autres. Ont-ils un sens pour ce garçon ? Pourquoi ne m’a-il toujours pas craché de m’en aller, si vraiment il m’exècre comme je suis certaine qu’il le fait ? Pourquoi semble-t-il penser à tant de choses ? Pourquoi le monde semble s’être déchiré jusqu’à n’être qu’une grande plaque de sang séché dans ses immenses yeux sombres ? Comment se retrouve-t-on à arborer de tels yeux ? Quelles horreurs indicibles faut-il voir et vivre pour avoir un tel regard ? Quelles choses terribles j’ai manqué dans mon malheur ?

Soudain, il se mit à se secouer comme s’il ne contrôlait plus son propre corps. Ses yeux s’agrandissaient comme ceux d’un animal, comme ceux de quelqu’un qui a entendu quelque chose d’impensable. Il tremblait, perdu autour de voix que je n’entendrais jamais. La lune murmure-t-elle des choses aux gens partageant sa peine ? Est-ce cela qui nous mène ici, est-ce cette lune effrayée et endolorie ? Est-ce pour cela que l’école s’appelle « Tsuki » ? Il sembla soudain particulièrement troublé, comme s’il pensait à une chose d’inavouable. Je me demande bien ce qui peut rendre un homme si contrit de douleur… Je n’aurais certainement jamais sa vie, son expérience. Pense-t-il à une personne qu’il a eu, comme moi ? Je ne sais pas… Peut-on sincèrement aimer comme je l’aime ? Est-ce convenable ? Est-ce cela qui lui a apporté toute cette peine ? Lentement, comme s’il avait senti mon regard bien trop curieux, il tourna ses yeux glacé vers moi. Que lui était-il arrivé ? Comment pouvait-on ainsi enfermer autant de peine, autant de froid, autant de douleur dans de si petites prunelles ?


« Qui était ce garçon ? »

Alors que son visage m’apparut comme par enchantement, bien clairement, je me mise à sourire sans pouvoir me contenir. Il était bien plus grand que moi, et adulte de surcroît… Ses yeux rouges étaient constamment peints de la couleur de la peine, constamment tristes. Il avait ces cheveux roux que personne d’autre n’avait… Il était magnifique, tellement, tellement magnifique… Il était la personne la plus merveilleuse du monde, avec son sourire capable de raser un pays en une fraction de seconde… Le contact de sa main sur ma tête, alors qu’il me consolait, causait une myriade de frissons dansant gaiement sur mon corps juvénile. Il était certainement un sorte d’ange… Comment l’exprimer avec des mots ? Il était Roydon Whispers, l’homme le plus exceptionnel que la terre ait porté !

Je m’attendais à devoir répondre, bien qu’incapable d’ordonner une réponse assez concise. Pourtant, alors qu’il avait déjà bien attendu, il poursuivi, d’une question un brin hésitante :


« Ton frère ? »

Est-ce ce que l’on ressent lorsque l’on a un frère ? Comment le savoir ? Il semblait être le monde entier réuni en un seul être… Quand je le regardais, tout disparaissait subitement à part son corps de jeune homme fort et brisé. Il se tenait parfois un peu de travers, et ça lui donnait une allure encore plus impressionnante. Il dédaignait les regards hautains et chassait les larmes comme s’ils s’agissaient de simples nuisibles. Il brillait dans les nuits sombres, alors que je posais sa tête sur son torse nu, sentant son cœur battre paisiblement contre mon lobe. Nous n’étions pas frère, mais nous vivions si proche l’un de l’autre… J’avais cette étrange impression de pouvoir tâter son esprit, son cœur. Je sentais comme si mes étreintes étaient senties différemment de toutes les autres. Il me semblait que nous étions le monde l’un de l’autre, que la terre ne tournait que pour nous deux, et que la guerre contre le monde était une petite chose quand ses bras s’enroulaient autour de mes épaules pour presser mon corps fragile contre le siens… Nous étions amant, je suppose…

« Il était mon cousin… Je… Nous vivions ensemble après… »

Après que ma mère n’ait plus supporté de voir sa propre fille se fondre en la seule personne qu’elle ait vraiment affectionnée ? Après que mon don ait fait son premier meurtre ?

« Après le terrible accident qui ôta la vie de ma mère… Mais je ne l’ai jamais vu comme un frère… Je… Il était le monde entier, simplement… Je ne sais pas comment l’exprimer… Il était la raison de battre de mon cœur, ce qui permettait à l’air de gonfler mes poumons… Il était la cause de mes joies et de mes peines… Je crois que c’est quelque chose qu’on ne sait qu’en l’expérimentant… Il semblait si… »

Détruit. Il avait mal. Ça se lisait à travers chaque cellule de sa peau. Il souffrait comme si toute la souffrance de toutes les guerres et de toutes les pandémies s’était mêlée dans son corps. C’était horrible. Il souffrait comme on ne peut certainement pas le dire. Il était torturé, chaque seconde un peu plus…


« Il semblait avoir vécu le genre de choses dont on ne ressort pas entier… Il avait ce regard… Le regard de ceux qui ont vu la nuit de la vie… »

Suis-je compréhensible ? Je n’en ai rien à faire ! Le ciel au-dessus de moi couvrirait mes pleurs s’il me faisait du mal. La petite brèche dans ma joue me picota, me rappelant cet instant où j’avais pris ce fameux coups… Peut-être est-ce à mon tour d'essayer de prendre un enfant malheureux dans mes bras blessés, après tout...


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Darren le Sam 19 Aoû - 18:29


Évasion Nocturne


MAYBE YOU CAN EVEN SENSE OUR LIFESTYLES ARE PROBABLY COMPARABLE... I SIMPLY AM NOT THERE.
« Il était mon cousin… Je… Nous vivions ensemble après…Après le terrible accident qui ôta la vie de ma mère… Mais je ne l’ai jamais vu comme un frère… Je… Il était le monde entier, simplement… Je ne sais pas comment l’exprimer… Il était la raison de battre de mon cœur, ce qui permettait à l’air de gonfler mes poumons… Il était la cause de mes joies et de mes peines… Je crois que c’est quelque chose qu’on ne sait qu’en l’expérimentant… Il semblait si… »

Cette personne si chère à son cœur était donc son cousin. Un détail me frappa : cousin. Elle, c’était son cousin. Moi, mon frère. Tout deux un lien de parenté, plus ou moins forts. Ils vivaient ensemble : n’avait-elle pas de parents ? Quelle chance ! Elle me confortait dans mon idée avec la suite de sa réplique : sa mère était morte, donc… quelle chance, oui. J’aimerais que la mienne soit morte aussi. Je l’ai aimée, mais à mes yeux, elle est morte. Une vieille figure maternelle, fantomatique et fragile, qui ne m’a jamais aidé. Elle ne s’est jamais penchée sur mon cas, ne m’a jamais tendu la main.

Elle… son discours… son discours était tellement marquant… j’avais l’impression de m’entendre, comme si elle… elle lisait dans mes pensées ? Une pensée horrible me traversa un instant : et si elle se moquait de moi ? Et si son pouvoir lui permettait-elle de lire dans mes pensées ? Et si, et si… non, elle semblait honnête. J’avais peur, on m’avait pourtant appris à me méfier des apparences… serais-je pris au piège ? Aurais-je été assez idiot pour croire en elle ? Oui, je crois bien. Elle semblait si… émotive, ça ne pouvait qu’être vrai !

J’écartais mon hypothèse que je trouvais incroyablement stupide, puis je songeais : elle aussi, avait un homme dans sa vie. Un homme qui était pour elle, sa raison de vivre… avons-nous tous « cet » homme ? Cet homme qui nous permet de nous lever le matin, de marcher, et de continuer à avancer jour après jour ? Est-ce que « cet » homme peut être n’importe qui ? J’avais si mal, le fait que cette fille dise ce que je pensais tout bas me torturait et me malmenait le cœur. Je m’allongeais dans l’herbe, une main sous la tête et une main sur le ventre. Je fermais les yeux un instant.

« Tu souffres de son absence ? »

Je rouvrais les yeux, et regardais le ciel d’un air peiné. Qu’est-ce que je ferais quand grand frère viendra me voir ici, en Angleterre ? Où irons-nous, et qu’est-ce que l’on ferait ? Un frisson d’excitation et de désir ardent me parcourait le corps, mais je taisais mes pensées pour ne rien laisser paraître. Les larmes me montaient aux yeux. Moi, je souffrais… mais heureusement, il était là. Enfin, loin, mais vivant. Peut-être que son cousin était décédé… j’imaginais une seule seconde la vie avec la mort de mon frère sur la conscience : impossible ! Je sentais mon cœur déjà se briser.
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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

Message par Sally Whispers le Ven 25 Aoû - 20:31

Évasion nocturne
Je voulais continuer des heures encore, partager son souvenir. Mais que c’est vain… peu importe le nombre de gens qui croient en sa vie, il s’est effondré et ne se relèvera pas ainsi… peu importe les larmes versées sur mes joues creusées par la faim… Alors que les mots montaient à mes lèvres comme un panache de salive, il s’allongea dans l’herbe et amena le dos de sa main à son front. Alors que son autre main échouait sur son ventre maigre, il ferma les yeux, l’espace d’un instant, posant sa question comme on plante une écharde dans le doigt d’un enfant :

« Tu souffres de son absence ? »

Il rouvrit doucement les yeux, observant le ciel avec ce regard de peine. Ce doit être la seule chose qu'on partage encore à ce moment... Étais-ce vraiment une question ? Se moquait-il ? Je ne pouvais m’empêcher de ramener une main crispée à mon cœur en charpie. Roydon. Je me rappelais de ses prunelles rouges, tandis que les miens tentaient d’imiter leur couleur, pleurant encore et encore. Combien d’océan pourrais-je creuser avant de sentir à nouveau le sentiment de sa présence ? Chaque frisson de la brise sur ma peau était une torture. Je me rappelais de ses doigts qui me frôlaient, de mon duvet se hérissant lentement, de mon sourire toujours si grand… chaque millième de seconde que je passe à me souvenir, c’est comme si une armée de porc-épiques roulaient sur mon cœur, dans mon estomac, sur mon corps. Je sentais cette brûlure intense, mêlé par le froid des gens seuls. Avais-je au moins souffert avant cela ? Jamais, je pense. Jamais je n’avais été tant déchirée par une sensation seule. J’espère qu’il rit…

Seulement, il n’ajouta rien dans le silence si pesant de la nuit. Un frisson de douleur parcoura mes bras, remontant du bout de mes doigts jusqu’à ma gorge où il forma une petite boule très dense. Que répondre ? C’était une évidence. Je suis coupable, il est absent. Je devrais être tombé ! Il devrait être debout ! Les gens l’aiment, lui… Je ne peux pas être s’il n’est pas pour porter le souvenir de mon visage… Je laissais le silence peser, décidant qu’il ne méritait pas qu’on le coupe. Il y a bien quelqu’un pour l’aimer, ce silence, pas vrai ? Posant ma tête contre mes genoux, ramenés à buste, je soufflais bruyamment. Je sentais les dizaines de larmes fuyant mes yeux comme les réfugiés pendant la guerre. Même l’eau ne peut pas rester dans ce corps maudit !

« Si j’en souffre ? »

Un rire ironique s’échappa de mes lèvres, fugacement. La douleur de son cœur était là dans chaque cellule de mon corps, me détruisant, me faisant disparaître lentement. Plus aucune nourriture ne pouvait entrer dans ma bouche sans en sortir suite à un sursaut de mon ventre qui se tord sauvagement.

« Non. Je ne souffre pas. »

Laissant un temps noyer mes mots, je ressentais à nouveau toutes ces choses. Je sentais la bile dévorer ma gorge. Je sentais les migraines suite à toutes ces réflexions. Je sentais toutes ces aiguilles. Je sentais le soleil qui faisait fondre ma peau comme un morceau de fromage. Je sentais le ciel qui m’embaumait comme une couverture, et l’espace entier me noyer continuellement sans que je puisse en mourir. Je sentais mes muscles se tétaniser lentement. Je sentais le froid recouvrir ma peau, lentement. Non. Ce n’est pas de la souffrance.

« Je meurs. »

Je lâchais cela comme on lâche une pierre dans la marre, éclaboussant certainement un peu tout autour de moi, sans pour autant ciller. Je fixais ma pierre imaginaire finir au fond de l’eau, engloutie par la poussière aquatique. Je regardais ce gros amas gris et froid disparaître sans que personne n’y fasse attention. Puis c’est une autre image qui bondit à mon visage comme un félin. Elle m’arrache la peau tandis que je me souviens comme j’accourais sur son corps le jour de ma mort.


Il tombait comme ça, étonné lui-même de sa chute. Le temps que j’arrive il était à terre, je relevai sa tête sur mon épaule, il agrippait, il agrippait encore plus fort. C’est comme si ses doigts étaient encore plantés dans ma chair aujourd’hui. Je sens ses larmes sur mon cou, je sens son souffle, j’entends ses mots. Je meurs encore et encore. Pourquoi les aiguilles tournent-elles toujours ? C’est comme si rien ne pouvait plus se passer, comme si tout l’air avait déjà été respiré.

« Et je meurs encore. »

Un souffle rauque résonnait dans la nuit, le souffle de ma voix. Je n’étais plus que cette image affligeante. Roydon… ses larmes douces et douloureuses, sa voix enchanteresse et déchirante, ses mains chaudes et souillées. Il était le monde. Le monde s’est effondré.


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Re: Evasion nocturne [PV Hideki]

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