Le club des anciennes fugueuses

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Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 10/5/2017, 12:34

Cher journal,

Je n'ai jamais été très douée pour comprendre les autres personnes, tu sais. Déjà, tous les garçons sont bêtes, ce qui élimine la moitié de la population, et tous les adultes sont fous, ce qui élimine encore deux tiers des personnes restantes !
Sur le petit nombre restant (un bon milliard quand même, si j'en crois la prof de géographie), la totalité est née au XXIème sièccle, ce qui rend leur esprit tortueux, étrange, et incompréhensible... Et ça fait de moi la seule personne saine d'esprit !
Ça fait peur si tu veux mon avis, journal...

Aujourd'hui, une tâche assez délicate m'attend. Et la personne que je dois rencontrer, je ne sais pas du tout ce qui se passe dans sa tête...



Lors de sa tentative de fugue de Tsuki il y a maintenant un an, la romaine était partie avec deux autres élèves. Parmi elles, Sawako et Appia avaient fini par se faire discrète, et rentrer dans le rang. Lynn' en revanche avait agi de telle manière qu'elle se trainait, aux yeux de certains en tout cas, la réputation d'une traîtresse infréquentable ! Pourtant cela paraissait trop étrange à la petite romaine. On ne pouvait pas toujours tout mettre sur le compte de la folie ou de la méchanceté ! Elle ne pouvait pas croire que l'ancienne prisonnière de Déviance ait pu rejoindre si facilement ses ravisseurs !

Pendant longtemps, Appia s'était contentée d'observer de loin, dépitée et résignée, l'évolution de l'académie. Elle avait espéré un retour du directeur, des excuses, des réparations. Ou un sursaut de révolte des élèves, tous des victimes ignorantes. Et puis il y a peu elle s'était décidée. Prudemment, elle avait observé sa cible, attendant un moment ou elle pourrait la confronter seule. Ce n'était pas facile puisqu'elle ne logeait même plus à l'académie. Aller la retrouver chez elle était impensable: on n'entre pas ainsi toute seule chez une telle fille quand on a vu de quoi elle est capable !

C'est finalement un peu par hasard (mais, si par la suite on le lui avait demandé, elle aurait affirmé avec la meilleure mauvaise foi du monde que c'était parfaitement calculé !), et le plus banalement du monde, que la petite rubis rencontra Lynn seule dans un coin de la maison rubis. Appia était installée à une table, en essayant de comprendre les subtilités de son devoir de physique, lorsque la jeune femme aux cheveux rouges entra près d'elle.

Tranquillement, elle se redressa et se tourna vers elle. Elle se composa un sourire gai, et ses grands yeux verts, derrière la généreuse couche de maquillage destinée à la vieillir, s'illuminèrent avec passion. De son habituelle voix enjouée, toujours largement émaillée par son accent latin chantant, elle lança:

- Tiens, bonjour Lynn !

Elle se mit debout, manifestant clairement son intention de retenir la jeune femme pour discuter. Ce qui la rassurait, c'est que contrairement à ce qu'elle avait pu redouter, elle n'avait pas peur. Elle ne redoutait ni violence de sa part, ni conséquences désastreuses de leur entretien, et ce malgré la sale députation de son interlocutrice.

- Ça fait longtemps qu'on a pas parlé toutes les deux. Pas depuis...

Elle agita la main ; un sous entendu résumait assez bien tout leur vécu.


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 11/5/2017, 23:00

Appia connaissait assez le bestiau pour ne pas s'attendre à un accueil chaleureux, et ce malgré sa propension à toujours voir -ou à essayer de voir- ce qu'il y a de positif chez les gens -enfin sauf si ça ne l'arrangeait pas-. Plus jeune on lui avait appris à toujours aimer son prochain, aider les gens, se montrer gentille, ce genre de choses. Depuis l'apparition de son pouvoir, l'expérience lui avait appris que c'était effectivement la bonne chose à faire, mais que cela ne pouvait pas s'appliquer aux lâches, aux égoïstes, aux violents et aux idiots, autrement pas à grand monde. Même pas à elle.
Malgré tout, elle répondit gentiement à la remarque de Lynn par un sourire amusé et dit

- Toujours pas morte non. Certains ont essayé, mais tu vois moi je suis toujours la, et pas eux !

On pouvait y supposer une référence aux agents de Déviance, ou même simplement à l'agence, mais pour sa part Appia pensait à des ennemis bien plus anciens.
A revoir Lynn, elle retrouvait un peu la personne qu'elle avait connue, mais en pire. Ou en comme avant, mais sans le vernis qu'avait fini par lui apposer sa mémoire. Elle n'avait pas oublié dans quelles conditions elles s'étaient rencontrées et avaient fait équipe, mais avec le temps on finit toujours par idéaliser ses souvenirs. Bon et elle ne portait pas d'uniforme mais en même temps c'était le cas de la quasi-totalité des élèves, qui saisissaient la moindre occasion pour le retirer. Ils avaient autre chose à se mettre, eux... Finalement, même si c'était involontaire de sa part, cela faisait beaucoup plus rebelle de porter l'uniforme plutôt que de ne pas le porter !!

L'air espiègle, Appia répliqua ensuite:

- Et toi alors, ça m'étonne de voir que tu n'est pas encore en prison ?

Elle eut un petit rire, puis son visage se ferma soudainement, devenant pareil à ses émotions: sévère, sinistre même.

- Non, sérieusement. Je suis étonnée qu'ils aient gardé une traîtresse assassine comme toi et ta démone dans cette école.

La romaine ne bougea pas, se contentant de garder la tête levée pour planter ses yeux dans ceux de la rubis.

- Parce qu'on raconte des tas de choses horribles sur toi. Des choses que les gens n'ont pas l'air de considérer comme juste de la lâcheté ou de la faiblesse.

Elle se dérida légèrement, révélant plus de peine que de colère. Elle n'avait pas aimé voir les choses tourner ainsi. Beaucoup de ses amies n'étaient plus là, et beaucoup de ceux à qui elle avait accordé sa confiance lui avaient causé de grosses déceptions. Le directeur le premier bien sûr, mais aussi des gens comme Ren' ou encore, justement, Lynn. Toutes les présences un peu protectrices ou simplement rassurantes, qu'elle avait essayé de s'approprier et qu'elle avait perdues.

Pourtant Appia ne pouvait pas nier qu'à une époque elle aurait sans doute cru elle aussi au bien-fondé de ceux qui prônaient une vengeance ou le démantèlement de l'école. Ce n'était pas sans raison qu'elle avait pris la résolution de s'en enfuir, malgré les conséquences ! C'était même en partie pour ça qu'elle voulait en savoir plus. Même si cela ne pardonnait pas le fait de faire du mal aux cobayes qui se faisaient appeler des élèves, ni le fait de s'allier à leurs pires ennemis.

- Seulement moi je ne crois pas que ce soit aussi simple. Je ne crois pas non plus que tu sois l'odieuse personne que tu montres à tout le monde, Lynn.

Elle s'arrêta un instant.

- Lilith si par contre, mais elle je ne veux pas lui parler.

Puis, reprenant avec insistance:

- La plupart des gens ici sont fous et bêtes. Mais pas toi Lynn, toi je sais que tu es intelligente. Je croyais que tu avais compris le danger de l'école et les solutions qu'on avait.

Elle eut un geste de la main, à la limite entre le tremblement et l'exaspération.

- Explique-moi s'il te plaît, explique-moi ce qui a pu te pousser à faire ce que tu as fait ! Qu'est-ce qui t'es arrivé pour que tu changes d'avis comme ça ?! Peut être que je peux comprendre ? Et arrêter de te détester. Ou détester les vrais coupables à la place ? Ou juste te détester si tu le mérites.


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 14/5/2017, 21:07

Un défilé d'expressions passa sur le visage de la petite romaine tandis qu'elle écoutait D4rl1nn, ou, non, Lynn pardon, lui parler avec son charme habituel. Elle la laissa parler sans l'interrompre, à l'exception d'un moment pour la corriger:

- Je fais un mètre quarante-et-un quand même, pas un mètre cinq !

Elle connaissait bien sa taille, son poids, et le reste. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient changer ! Sa remarque était très naïve, mais ce n'est qu'en répliquant qu'elle s'en rendit compte. Et qu'elle s''en voulut. Ce n'était qu'une façon de plus pour son interlocutrice de se moquer, simplement.
Parfois Appia regrettait de ne pas être comme sa maman (la sienne, pas celle de Lynn. Personne ne voudrait être la maman de Lynn. Sauf peut-être l'espace d'un instant, par curiosité, pour savoir si sa longue tignasse rouge était naturelle ou bien le fruit d'heures passées dans sa salle de bains à appliquer de la teinture). Madame Naevius, elle, c'était le genre de personne qui en plus de ne pas avoir la langue dans sa poche, ne laissait personne lui en compter, et pourtant savait toujours quoi dire, avec un mélange d'ingénuité de et gentillesse. Une vraie maman quoi ! Elle n'aurait fait qu'une bouchée de la rubis aux cheveux rouges et de sa crise d'ado dramatico-cynique.

Cela dit, Lynn était plus intéressée qu'elle le prétandait. Sans ça, elle aurait planté là son interlocutrice au lieu de s'asseoir, manifestant son intention de poursuivre la discussion, et cela fit plaisir à Appia.
Cela permettait aussi à la romaine, aussi haute assise que debout, de ne plus avoir à se tordre de cou pour la regarder en face !

Finalement, c'est avec un demi-sourire que la petite rubis répondit:

- Tu as raison: si j'étais comme toi je m'en ficherai qu'une personne que je connais soit en réalité une sale teigne. Ou qu'elle était malheureuse. Ou bête, et que tout le monde lui en veuille. Sauf que même si tu me faisais peur, moi je t'aimais bien, et ça me suffit pour avoir besoin de venir te parler et d'essayer de te comprendre. Surtout que tu n'as même pas l'air plus heureuse qu'avant ! Et puisque tu n'as encore tué personne depuis, c'est que tu n'es pas si dangereuse à approcher...

Cela pouvait passer pour une plaisanterie, mais Appia lep ensait vraiment ! Même si elle doutait que Lynn ait la capacité de la tuer définitivement, elle prévoyait autre chose pour les jours à venir qu'une réparation méticuleuse de son corps immortel. Au fur et a mesure qu'elle abordait les sujets qui lui tenaient à coeur, les pieds de la rubis se balançaient à plus vive allure dans le vide entre sa chaise et le sol. Un peu à la manière d'un métronome pour les sujets importants !!

- Mais il n'y a pas que ça. Tu vois...

Elle planta soudainement son regard d'un autre âge dans les yeux bleus de Lynn. Comme si elle cherchait à percer par-delà ses iris, et à lire à l'intérieur de sa tête.

- Si je suis revenue à l'académie après notre fugue, ce n'est pas juste pour les cours et les repas gratuits.

Bon, si, un peu. Et aussi parce que les policiers qui avaient cru ramasser une petite fugueuse de onze ans sur le bord de la route ne lui avaient pas laissé le choix. Mais ça Lynn n'avait pas besoin de le savoir !

- Mon autre raison c'est toujours la même qu'avant: j'en ai toujours après le directeur, l'agence et déviance. Pas seulement pour ce qu'ils nous ont fait, mais pour ce que je pourrai faire d'eux. J'ai la haine moi aussi tu sais Lynn, mais je veux bien leur pardonner n'importe quoi si j'arrive à faire ce que je veux. Parce que si j'y arrive... -ses jambes battaient plus vite que jamais !- ... tout le reste n'aura plus aucune importance.

Sa fugue, et le plan qu'elle avait essayé de mettre en oeuvre pour kidnapper un membre de l'agence avait échoué parce qu'elle avait été trop vite, qu'elle s'attaquait à des organismes immenses et dangereux, et parce qu'elle avait beau refuser de l'admettre, elle était aux yeux des autres -et sans doute aussi un peu d'elle-même- juste une fille de onze ans. Depuis, sans abandonner son ambition, elle avait beaucoup réfléchi pour essayer de comprendre tout ça. Elle avait cru aussi qu'en agissant vite elle pourrait dévancer tout le monde, mais elle n'avait pas compris que c'était l'inverse: elle était la seule que le temps et l'attente favorisaient.

- J'ai besoin de toi, et de ce que tu sais. Tu as été avec déviance toi ! Qu'est-ce qu'ils ont pu te dire pour te convaincre ? Qu'est-ce que tu as pu aprendre sur eux ? Tu dis que tu ne regrettes rien, alors si c'était ton choix, convaincs moi aussi ! Tu m'as vue à l'oeuvre, tu sais que je ne suis plus courageuse et pas plus bête que les autres filles de mon âge !


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 18/5/2017, 20:13

Appia écouta patiemment Lynn, mais on pouvait deviner à son regard que son esprit n'y était pas. D'ailleurs elle aurait été vraisemblablement choquée si elle avait su tout ce que pensait son interlocutrice, tant elle était sincère dans sa démarche. Elle ne serait jamais venue à elle si elle en avait pensé du mal. C'est déjà bien assez difficile de mentir à tous à propos de son âge véritable pour ne pas en rajouter avec de micro-tromperies ! Finalement, lorsque la rebelle de service eut terminé, la romaine eut un petit rire et répondit:

- Tu es vraiment devenue une adulte, Lynn. Tu fais des phrases compliquées, que tu trouves surement très belles, mais ja ne comprend rien de ce que tu racontes !

En vrai, c'était typique des adultes ça. Enfin ça commençait chez les adolescents, mais ça gagnait en ampleur avec l'âge. Au point que la romaine se demandait s'ils n'en faisaient pas exprès pour mépriser les enfants. Comme si on ne savait pas qu'ils en avaient été eux aussi ! Mais alors,... serait-il possible qu'elle aussi ait aussi débloqué cette "capacité" sans le savoir ? Mais seulement à demi, vu qu'elle n'était pas vraiment adulte ?

Peu lui importait pour le moment ! Concrètement, la réponse de Lynn c'était quoi finalement ? Je n'en sais rien, du jour au lendemain j'étais convaincue que Déviance était le bon choix ? Non, je ne veux pas dénoncer mes copains ? Ou alors, je veux bien te parler, mais... mais quoi au fait ? Je veux bien tuer des gens pour toi mais donne moi des sous ? Ce n'était absolument pas ce qu'elle voulait ! Ou bien, je me complais dans mon petit monde triste alors fiche-moi la paix ? Mais si c'était ça pourquoi ne pas le lui dire clairement ? Et même, ça ne répondait pas à toutes ses questions !
Contrairement à Lynn, Appia était incapable de concevoir une personne totalement mauvaise.  Même la pire des raclures (comme le directeur, ou bien M.ou Mme Déviance, devait aimer leurs petits repas tranquilles, ou bien le moment de calme quand on se couche le soir, la lumière éteinte. Même Lynn, malgré ce qu'elle prétendait, n'était ni bête, ni folle, ni insensible.
Bon, Lilith si, mais la petite rubis ne voulait pas avoir affaire avec.

Après ça elle s'efforça de faire un sourire gentil, du genre que l'on fait lorsqu'on prend sur soi pour expliquer patiemment quelque chose:

- Ne dis pas de bêtises Lynn, je ne veux pas qu'on tue des gens ! Je fais plein de choses dont j'ai honte, mais pas ça ! Je ne veux rien t'acheter, je n'ai pas de sous tu sais. Mais je sais que toi aussi tu te poses des questions... -elle hésita- en tout cas tu te les posais. Vers qui revenir d'autre alors à part une fille comme toi ? Ça ne t'intéresse vraiment plus ? Ce n'était pas le cas avant, et ça te rendait beaucoup plus intéressante !

Elle sembla hésiter encore.

- Si tu m'expliques je peux t'aider à faire comprendre aux autres que tu n'es pas méchante si tu veux ?

Avec un sourire gentil, elle cherchait à lui faire laborieusement comprendre qu'elle avait saisi son histoire d'argent, et qu'elle cherchait à faire preuve de bonne volonté. Un échange de bons procédés, aussi absurde qu'elle trouve la chose. Et puis c'était normal de faire ça non ?
Soudainement son visage s'illumina d'un sourire espiègle.

- La seule chose que j'ai qui te concerne, c'est que je t'ai vue toute nue quand on est allés le repaire de déviance !

Elle gloussa.
Oui, les fesses c'était drôle !
Puis, elle reprit en redevenant sérieuse:

- Je que je veux que tu me racontes ce n'est pas ce sale... sale... ce Ren, ou n'importe quel gros nul pourra me dire. Tu détestais déviance mais tu les as rejoints. Et tu détestais l'académie, tu nous l'avais dit, mais tu es la toi aussi...

Ses yeux se plissèrent, avec un air d'incompréhension totale. Ses mains se serraient comme si elle essayait de forcer de tout son esprit pour que Lynn comprenne sa question.

- Alors pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils ont de si bien pour que tu deviennes leur soldat ? La fille qui a été capturée et torturée par des méchants n'irait pas combattre pour eux en échange de juste des sous !

Elle aurait pu simplement en conclure que Lynn n'était pas intéressante. Une teigne qui lui faisait perdre son temps. Comme on lui avait appris, c'est toujours plus simple de faire le mal, mais ça te retombe toujours dessus un jour et c'est ce qui lui arriverait surement. Mais... non, pas question ! Pas à cause d'horribles personnes comme ceux contre qui Appia s'efforçait de lutter !
Avant leur entrevue... Appia était convaincue que Lynn ne méritait pas la réputation qu'elle traînait. Elle le pensait toujours, malgré le comportement très obscur à ses yeux de son interlocutrice. Mais elle ne la comprenait pas. Elle ne comprenait pas les gens d'ici ! Ou était-il, son cher monde bien tranquille ou les choses étaient simples et franches ?


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 28/5/2017, 18:46

La conversation, bien que très laborieuse, prenait peu à peu du sens. Bon, bien sûr il fallait mettre de côté tout ce que la romaine ne comprenait pas, ce qu'elle ne comprenait pas mais faisait semblant de comprendre (imaginez, par exemple, que cela paraisse anormal pour une fille du XXIe siècle de ne pas savoir ce qu'est un "bisounours" ? ), mais aussi ce qu'elle comprenait mais qui n'avait aucun sens? Par exemple, elle se doutait bien que Lynn' n'était pas intéressée par les enfants. Aucun adolescent, et très peu de jeunes adultes, aimaient les enfants pour ce qu'elle en savait. Que la phrase de la rubis aux cheveux rouges ait pu avoir un autre sens ne lui effleurait même pas l'esprit ! Mais malgré cela, elle finissait enfin par entrevoir une réponse après une discussion bien compliquée !

Avec un sourire triste, elle dit:

- En fait... je crois que je te comprends. C'est difficile de penser à la place des autres, moi je n'y arrive pas. Surtout que tu fais un peu comme les profs je trouve, j'ai l'impression que je suis censée savoir lire dans tes pensées pour te comprendre ! Mais la je crois que ça y est.

Elle offrit à Lynn' un regard plein de gentillesse.

- Tu étais aussi malheureuse et désespérée que moi, c'est ça ? Sauf que toi... on t'a donné une solution pour changer les choses. Alors même si c'est horrible, même si c'est égoïste, même si on est même pas sure que ça marche... ça en valait la peine.

Elle resta pensive un moment. Pourquoi une personne comme Lynn' pouvait haïr à ce point la société dans son ensemble, cela la dépassait. Oh, elle acceptait que ce soit possible, même si elle ne comprenait pas comment. Quand on vit dans un monde ou la lumière brille la nuit, des boîtes gardent la nourriture au froid, l'eau coule à volonté des murs et ou l'on se chauffe sans feu, on est prêt à admettre n'importe quoi ! Elle était juste contente qu'enfin son ancienne compagne de fugue lui ouvre son coeur.
Enfin... c'est ce qu'elle avait fait ? Plus ou moins ? Autant que pouvait le faire une Lynn', disons.
Ce qui la dérageait plus en réalité, c'était qu'Appia était en train de réaliser qu'elle arrivait de plus en plus à faire un parallèle entre l'impulsive rubis et elle-même. C'était comme si... elle était en train de comprendre qu'elle pouvait avoir de bonnes raisons d'être méchante et égoïste.

- Je ne t'en veux pas. Je crois que... si je devais faire du mal à plein de gens pour réussir à faire ce que je veux, je le ferais aussi. Je m'en ficherai, parce que ça ne serait jamais arrivé !

Après un léger silence elle ajouta, plus souriante:

- Tu sais, je suis vraiment soulagée de savoir que tu n'es pas une méchante de Déviance !

Elle se reprit, quoique avec un sourire espiègle:

- Enfin si... tu es méchante bien sûr ! Tu es... très très terriblement terrifiante, et je le dirai à tout le monde !

Elle fixa Lynn quelques secondes, droit dans les yeux, en essayant de garder son sérieux. N'y arrivant pas, elle éclata d'un rire joyeux. Elle ne se moquait pas, elle était simplement heureuse, à ce moment, d'évacuer un trop-plein de sentiments !
Tout de même, une idée la préoccupait.

- Pourquoi détruire le monde en entier ? Je veux dire... elle agita les mains... moi non plus je ne m'y sens pas à ma place, mais je sais que c'est moi l'erreur. Enfin je crois. Mais il y a plein de choses géniales ici ! Je ne sais pas... les lits, la télé...

La télévision, à savoir la meilleure invention de l'humanité selon Appia !

- Si toute l'humanité disparaissait, toi aussi non ?

Elle sourit:

- Si tu trouves que je suis trop bavarde... tu...

Peux me dire d'arrêter ? Certainement pas ! L'Appiaglue, ça résiste à tout !

- ... peux m'en poser aussi hein ?


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 1/6/2017, 08:27

Avant de répondre, Appia prit son sac, fouilla dedans un moment, écarta les livres de cours, les trousses, classeurs, la bouteille d'eau, la règle qui s'était une fois de plus échappée de son rangement, le stylo en vadrouille, sa boîte à trésors, son pull de rechange, un sachet de bonbons, une carte d'Angleterre, pour finalement sortir une appétissante tablette de chocolat aux amandes. Elle la contempla un moment avec un sourire ravi, puis en découpa un morceau pour la donner à son interlocutrice. Même les méchantes filles peuvent aimer le chocolat, et puis les discussions ça ouvre l'appétit ! Et puis si elle refusait, au moins elle lui prouverait qu'elle n'avait vraiment pas d'âme. Il faut au moins ça pour ne pas aimer le chocolat !

Après avoir savouré son petit plaisir, elle répondit avec un air espiègle à la demande de Lynn':

- Mais je ne suis pas qu'avec les gentils, puisque je suis en train de te parler !

Appia se doutait bien que ses motivations risquaient d'être aussi obscures pour une fille du XXIème siècles que les raisonnements des gens de cette époque l'étaient pour elle-même. Mais la question était pertinente tout de même, car en réalité la petite rubis se l'était posée sans arriver à vraiment la résoudre. Etait-il acceptable de faire des choses mauvaises pour fuir les mauvaises choses qui lui arrivaient ? La question n'était pas simple, et elle avait espéré que Lynn, qui justement avait choisi cette voie, pourrait lui donner une réponse ! C'est d'ailleurs pour ça que la Romaine prit le temps de réfléchir, avant de se laisser aller allègrement sur sa réponse.

- Si tu parles de l'académie, ce ne sont pas des gentils pour moi. Enfin... l'agence ce sont des méchants, donc l'académie aussi puisque c'est pareil. Sauf les élèves. Eux ce sont plutôt des victimes, mais pas des gentils non plus. Enfin sauf certains. Tu sais -sur le ton de la confidence- je trouve la plupart des gens très égoïstes, et très ingrats malgré tout ce qu'ils ont.

Cela ne voulait pas dire qu'elle valait mieux ! Appia avait même une assez piètre opinion d'elle-même, mais elle au moins savait qu'elle était une anomalie. Elle haïssait mentir, mais elle craignait encore plus le jugement des autres. Des fois elle paniquait: elle avait envie de crier, de casser, de s'enfuir, et que tout s'arrête ! Elle se sentait enfermée... et elle ne supportait plus du tout les espaces clos ! Malgré tout elle avait tenu bon. Elle s'était accrochée à son rêve.

- Tu sais, moi je ne peux pas être comme toi: je ne peux frapper personne, faire peur à personne. Donc si en plus on me détestait... -elle rit- Et puis tu as raison, j'essaie d'être gentille parce que j'ai quelqu'un qui veille sur moi et que je ne veux pas décevoir.

C'était, grosso modo, la vison qu'elle avait à ses onze ans de la religion, une norme à son époque. C'est ce qu'elle croyait toujours, mais après avoir vécu la vaste blague qu'était son existence, elle était en droit de se demander si quelques écarts n'étaient pas tolérables, le temps de parvenir à ses fins. De toute manière les gens de ce temps étaient tellement enfoncés loin dans l'erreur -de son point de vue- qu'elle se disait qu'elle passerait surement inaperçue !

- Mais je ne suis pas très bonne pour l'instant. C'est peut-être pour ça qu'"il" ne m'aide pas.

Elle eut tout de même l'air dépitée.

- Tu crois que si on pense des choses vraiment horribles, et qu'on envisage de les faire, ça fait de nous une mauvaise personne ?

Continuant de réfléchir, et de laisser ses mots dépasser ses pensées, elle fit la moue.

- Et puis j'ai peur, moi. Toi tu n'as peut-être pas peur de mourir, mais moi si. Mais parce que j'ai vu comment c'était, et que c'est encore plus horrible que ce qu'on croit ! Ce n'est pas juste comme s'endormir et puis s'est fini. Ça fait peur, mal, c'est horrible. Tu voudrais appeler à l'aide mais il n'y a personne ! Et tu n'as plus d'air, plus de voix, ton coeur ne pense plus. Mais tu ne pars pas.

Au fur et à mesure qu'elle parlait, ses yeux s'écarquillèrent de plus en plus, tandis que sa bouche se figeait dans un rictus horrible. Inconsciemment elle se raidissait comme si elle s'accrochait à quelqu'un, revivant ce qui avait été la majeure partie de sa vie...

- Et c'est horriblement long. Et tu vois son corps qui devient sec et... dégoûtant, et tu te demandes si ce n'est pas le tien que tu tiens en fait ! Si ce n'est pas toi qui es comme ça en fait. Et puis si tu as de la chance tu arrives au paradis. Et si tu n'en as pas tu arrives dans un monde encore plus fou !

Au moment de sa mort, Appia avait souhaité de tout son coeur vivre en dépit de tout... et elle avait été exaucée. Depuis, elle avait passé le reste de sa vie à regretter et à comprendre que rien n'était aussi simple ! Mais elle avait aussi compris que le plus horrible ce n'est pas la mort, mais le long et douloureux moment qui vient avant, et surtout les terribles découvertes qui viennent après...


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 11/6/2017, 07:36

La plaisanterie de Lynn' à propos de la déesse de la mort la surprit, puis elle provoqua chez Appia une émotion qu'elle avait du mal à décrypter, mais qui était proche du soulagement. C'était sans doute mieux pour elle que ça n'aille pas plus loin, et que la fille aux cheveux rouges n'ait pas cherché à savoir vraiment. Ou pas. Appia n'arrivait plus à savoir. Elle n'arrivait plus à grand chose à force de vouloir tout, tout de suite, et à se laisser déborder par ses contradictions !
Jouant le jeu, elle rebondit sur la déclaration de Lynn'. Grimpant sur sa chaise, la toisant de haut et la regardant droit dans les yeux, elle proclama le plus sérieusement du monde:

- C'est ce que je suis. Et je suis venue à toi car tu es ma plus grande adepte !

Cela aurait pu faire son petit effet si ça n'avait pas été dit par une petite fille à la voix aiguë à l'accent latin, et si celle-ci n'avait pas pouffé de rire juste après !

Bon, et maintenant ? Que pouvait-elle vraiment retirer de tout ça ? Que Lynn était bizarre ? Ça non, pas plus que les autres gens de son époque en tout cas, pour autant qu'avait pu en voir Appia. Enfin si un peu plus quand même ; mais différemment. Ah, et c'était bizarre de se prétendre athée pour une fille qui vivait en compagnie d'une démone !
Bon, et quoi d'autre ? Que Lynn' était une psychopathe ? Non, pour la bonne raison qu'elle ne savait même pas ce que ce mot voulait dire. Qu'elles avaient de sérieuses divergences, ainsi que toutes les deux, à leur manière, un sérieux souci avec la mort ?
Plus sérieusement, il y avait des idées intéressantes. Il était difficile de trouver des manières de voir la vie aussi éloignées qu'étaient celles d'Appia et de Lynn'. Mais c'était peut-être justement ce genre de modèle dont elle avait besoin ? Contrairement aux apparences, Appia n'était pas simplement gentille. Souriante, aimable, bien élevée sans doute, mais elle était comme un moule qui n'avait jamais eu l'occasion d'être rempli. Et dans lequel couvait aussi de la rancoeur.

- Je ne suis pas sure de comprendre tout ce que tu veux dire, mais merci, ça m'aide déjà à réfléchir. Tu sais, moi je pense que tuer c'est horrible quelle que soit la bonne raison que tu as. Et je suis sure que quoi qu'on fasse, il y a toujours quelqu'un qui le sait, et le malheur qu'on donne aux autres on nous le rendra un jour. Mais après tout, ce n'est peut être pas grave quand justement n'y a des conséquences pour personne ..?

Sa dernière réflexion pouvait paraître un peu bête, à moins de lire dans sa tête le plan qu'elle avait imaginé. Mais si quelqu'un avait pu lire dans la tête, son plan serait devenu le moindre de ses soucis !

- Je crois qu'il y a un truc pour lequel je serai prête à faire ça. Si ça pouvait aider... Tu vois, quand j'ai eu mon "pouvoir" j'ai en même temps perdu la vie que j'avais, ma petite soeur Valéria est morte, et... je ne sais pas ce que sont devenus mes parents.

Mais pour elle, ils n'étaient pas morts. Simplement... distants de plusieurs siècles ! Voulant empêcher Lynn' de s'apitoyer (ce qui était peu probable), de se moquer (ce qui aurait été très bas), ou d'afficher un quelconque air dédaigneux (se rendait-elle compte que ça lui faisait une mine de sorcière ?), elle reprot sans s'arrêter:

- Si je retrouve monsieur Kabaswa... Kaoua... le directeur, je pourrai le forcer à utiliser son pouvoir sur le temps. Et alors il me ramènera chez moi... enfin...
-elle agita les doigts, dans le style "abracadabra"- il me ramènera avant tout ça.

Ses grands yeux verts s'illuminèrent:

- Ce pouvoir qu'ils ont voulu te donner à Ren'viance et que tu n'as plus, ça te manque ?

Elle avait beau regarder Lynn' et parler sérieusement, au fur et à mesure un sourire passionné se dessinait sur son visage.

- Si ça pouvait m'aider, moi je donnerai sans souci un pouvoir surpuissant à quelqu'un comme toi. Je m'en ficherais de combien de personnes tu tues, ou combien de choses tu casses. Tu pourrais même en tuer le plus possible ! Et même mourrir comme tu en as envie si ça te fait plaisir. Peut-être... peut-être que je serai contente aussi de montrer à quel point je n'en peux plus en faisant ça. Mais tout ce que je voudrais moi, c'est qu'on me donne le directeur.

Appia n'était pas étrangère à la violence. D'une part parce qu'elle n'avait pas grandi dans un monde édulcoré, d'autre part parce qu'elle ne comptait plus le nombre de fois ou, seule -et souvent la nuit, ou bien dans la douche, ou lorsqu'elle s'isolait dans le parc- elle avait envie de crier, ruer, frapper, crier, crier, sa haine envers ce monde vraiment trop invraisemblable et ce qui lui était arrivé ! Crier que ce n'était pas juste !!

- Je pense que c'est l'agence qui sait ou le trouver. Mais peut être que s'il arrive quelque chose de grave il viendrait de lui-même. Si tu avais cassé toute l'académie, tu crois qu'il serait venu ? Et qu'il aurait tout réparé en remontant le temps à l'envers ? S'il peut faire ça, ça veut dire que tous les gens blessés ou tués ne l'auraient jamais été, et que toutes les choses mauvaises que je pourrais faire pour le retrouver n'existeraient plus ! Ça ne serait pas grave puisque personne n'aurait jamais souffert ! Et ça voudrait dire aussi qu'il pourrait me ramener dans le passé, quand je n'avais pas encore mon pouvoir. Et alors je ne reverrai plus jamais l'académie et tout le reste, puisque je ne serai jamais venue !

Dans sa tête, voilà qu'elle était déjà repartie dans les rues d'Aquilée ! Elle disait adieux à la froide Angleterre, aux gens étranges, aux pouvoirs incompréhensibles, et elle pourrait revoir toutes ces personnes qu'elle aimait et qui l'obsédaient !
C'était... tellement simple ! Ça ne dépendait que d'une seule personne !


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 16/6/2017, 07:51

S'toi qui es débile, n'arrête pas ♫
Sinon c'est moi qui m'y mets <_<


Les yeux pleins d'étoiles, Appia s'exclama:

- Tu t'y connais en voyages dans le temps ? Mais c'est super ! Tu es géniale Lynn', je suis vraiment contente que tu sois la !!

Le topo que lui faisait la rubis était assez pessimiste, mais n'était-ce pas le cas d'absolument tous les sujets abordés par la jeune femme ? A partir de là, et comme à chaque fois, la romaine prit le temps de décortiquer les différentes grossièretés, de mettre de côté tout ce qu'elle ne comprenait pas, et de se concentrer sur le reste.

Mais par où commencer ? Evidemment, elle pointait une des grosses failles du plan d'Appia ("une des", car il y en avait bien d'autres !), à savoir son absence de connaissances dans le domaine des voyages temporels.

- Tu sais j'ai longtemps cherché dans la bibliothèque, mais je n'ai jamais trouvé de livre scientifique qui parle de retourner dans le passé. Mais si tu sais tout ça...

Elle n'y avait jamais réfléchi tellement la chose allait de soi, mais pour elle le temps c'était une ligne, pas plusieurs, et qui allait dans un seul sens (un peu comme une cassette qui se débobine et rembobine, mais Appia n'avait pas la moindre idée de ce qu'était une cassette !). Donc il suffisait de suivre la ligne dans l'autre sens, par magie (puisque les pouvoirs n'étaient que ça !) pour que chaque chose retrouve sa place à la date voulue !

C'est à peu près à ce moment que la raison rattrapa l'enthousiasme, et que la Romaine s'en voulut d'être si naïve.

- ... enfin... tu t'y connais, ou bien c'est comme pour le reste, c'est ton point de vue et ça fait office de vérité ?

Elle prit alors son attitude "discussion philosophico-scientifique". En vérité parler de tout ça ne lui déplaisait pas: c'était rare qu'elle arrive à aborder avec les autres de sujets qui l'impliquaient autant.

- Parce que finalement ce n'est pas de la science, c'est de la magie. Il n'y a que le directeur qui peut nous dire ça. Sauf... si tu connais d'autres moyens ? -pleine d'espoir- Tu en connais ?
Monsieur Kawamachin quand il remonte dans le temps il garde le même corps, il ne se multiplie pas, si ? Sinon ça ne lui servirait pas à grand chose ! Pareil, s'il annulait à chaque fois les raisons qui lui font remonter le temps, il ne saurait même pas qu'il a ce pouvoir !


Elle lui jeta un regard du genre "héhé, tu vois !?" !

- Et puis tu parles de "timelines", mais il n'existe pas des milliers de mondes en fonction des décisions que les gens auraient prises. Ça en ferait beaucoup trop ! On les mettrait où ?! -elle rit- Si je reviens en arrière dans le temps, je serai toujours moi, dans mon corps, donc je serai là où était Appia il y a... à l'époque. Et comme j'étais à ce moment là. Avec les mêmes vêtements et tout.
Bon, par contre je n'avais pas pensé à la mémoire...


Elle se passa la main sur le visage, réfléchissant autant qu'elle pouvait. Puis son visage s'illumina:

- Le directeur il n'oublie rien lui ! Donc même si moi j'oublie il n'aura qu'à tout m'expliquer avant de repartir ! Et il sera forcé de le faire parce que... hum... il faut que je fasse un truc horrible. Assez horrible pour qu'il soit obligé de me ramener chez moi pour que je n'aie pas à le faire !

Bon, ça c'était un point un peu plus délicat. Mais elle sentait que s'il n'y avait "que" ça à faire elle le ferait: elle était assez désespérée pour faire n'importe quoi pour parvenir à ses fins.

- Tu sais, là où je vivais avant ce n'était pas parfait non plus. Mais au moins c'était chez moi, et j'y étais bien en fait. Ici les gens ont tout pour eux et pourtant ils sont encore plus malheureux qu'avant ! Moi je veux juste revenir avec ma famille et vivre la vie que j'aurai dû avoir. Même si ça veut dire mourir. Au moins je n'aurai plus à vivre avec mes horribles souvenirs, ni à m'en vouloir tous les jours d'avoir été trop peureuse pour mourir.

Appia refusait d'abandonner, d'oublier, et d'essayer de vivre sa vie ici. Parce que si elle oubliait sa famille et son époque, si elle n'avait même plus ça à se raccrocher, il lui resterait quoi ? Obligée de cacher son pouvoir pour fuir la convoitise de gens comme l'agence ou déviance, elle n'avait de toute manière pas d'avenir à long terme. Sauf que justement, son corps la condamnait visiblement à un existence assez longue ! Ou qu'elle vive les gens finiraient par se douter de quelque chose ! En plus, avec cette obligation qu'imposait l'académie de garder le secret sur les pouvoirs elle était condamnée à vivre dans le mensonge -comme maintenant en fait. Elle ne pourrait jamais être vraiment considérée comme une adulte, ni avoir un métier, se marier, recommencer sa vie ailleurs !

- Je ne suis pas née avec mon "pouvoir" -elle insistait assez sur les guillemets pour qu'on les devine, rien qu'à sa manière de prononcer le mot !- sinon on ne se parlerait pas la ! Je suis sure de l'avoir acquis à un moment. Ou alors il était déjà en moi mais c'est seulement là qu'il s'est réveillé, je ne sais pas... Mais il suffirait que je revienne avant pour ne plus avoir le problème ! Et même... même si je l'avais encore,  je préfère être anormale chez moi que anormale ici. Et puis mes parents au moins ils sauraient quoi faire !

Elle eut un regard dédaigneux, du genre "pas comme les gens d'ici !".
Soudain, Appia prit un air très, très sérieux. Regardant son interlocutrice droit dans les yeux, elle lui dit:

- Lynn', maintenant je dois te demander une chose très importante. Enfin non, deux, mais... bon, la première c'est: ...tu n'aimerais pas ça toi, vivre une vie normale sans Lilith et tous tes soucis ? Tu as un moment ou ça s'est déclenché, ou tu as toujours été comme ça ? Ça ne t'intéresserait pas de remonter le temps toi aussi ?

Elle sembla hésiter, puis demanda les yeux brillants:

- Et puis la seconde... si on remontait à ta naissance, tu avais déjà les cheveux rouges à ce moment là ?


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Re: Le club des anciennes fugueuses

Message par Appia le 9/7/2017, 23:16

Cher journal,

Bon, il va être temps de faire le point. J'ai eu une une discussion utile. Enfin elle ne me servira pas forcément pour la suite, mais c'était intéressant à réfléchir. Ou peut-être que si ça sera utile, pour éviter une hésitation le moment venu.
Maintenant je sais que si j'abandonne ma morale pour revenir chez moi je finirai comme Lynn', une espèce de... je ne connais pas le mot pour définir ça. Une "jamais-contente jamais-heureuse", un truc comme ça. La violence en moins j'imagine, sauf si j'apprends à me servir d'une arme moderne. Je n'y avais jamais pensé en fait... Mais bon je me pose quand même une question: si c'est à cause de personnes qui font de mauvaises choses que je me retrouve ici, est-ce que je pourrais réussir à m'en sortir sans moi aussi faire du mal ?

Lynn a beau être comme elle est, elle a quand même raison sur un point: je ne sais pas du tout comment ça se passe de voyager dans le temps. Ils ne sont pas doués quand même au XXIème siècle: ils ont été capables d'inventer des voitures qui bougent toutes seules, de l'eau qui coule dans les maisons, de la chaleur sans feu... et ils n'ont même pas été capables de faire des appareils pour retourner à mon époque !! Tu sais quoi journal ? Je devrais peut-être simplement attendre qu'ils inventent ça, et m'en servir sans avoir besoin de faire d'efforts. Après tout le temps doit jouer pour moi. Non ? Mauvaise idée ? C'est vrai que ça risque de prendre vraiment très très très longtemps, et que je pourrai en avoir marre avant.
Oui bon, tu ne m'aides pas trop là, journal !

Bon le point positif de cette journée ça reste de savoir que Lynn', même si elle n'est pas gentille, elle n'est pas aussi méchante qu'on le croit. Elle a plein de défauts, mais elle n'a pas fait vraiment de mal méchamment à l'académie. Enfin si mais... c'est compliqué. C'est clair dans ma tête, mais... Oh, et puis tu n'as pas besoin que je t'explique ça journal, je suis censée te parler de moi ici, pas de te faire un roman sur les autres !
D'ailleurs, tu crois que je pourrais t'emmener chez moi quand je rentrerai chez mes parents ? Ça me ferait une histoire incroyable à raconter !


Appia écoutait Lynn' avec un rictus mi-amusé, mi-choqué. Un peu comme quand on entend des gros mots, et qu'on sait que c'est mal d'en dire mais qu'en même temps on trouve ça rigolo à entendre !
Finalement, elle dit:

- Je trouve que tout ça c'est un peu triste pour toi. Mais en fait ce n'est pas très grave puisque tu n'as pas envie de changer. C'est peut-être ça en fait qui est important. Et  pour l'apparence moi je crois que c'est important ! C'est pour ça que je ne veux pas me coiffer comme une... une négligée.

Le terme qu'elle avait en tête était plus blessant.

- Mais toi aussi non ?  Tu aimes bien qu'on sache que tu es méchante.

Il était vrai qu'en soi la vie au XXIe siècle n'était pas si désagréable. Peut-être même qu'elle y aurait été heureuse si elle y avait été née avec ses parents. Seulement, toute seule elle n'en avait pas le courage. Ceux qu'elle aimait étaient derrière elle. C'était... trop dur, trop fou, trop différent pour qu'elle renonce à faire tout, tout, tout ce qu'elle pouvait pour revenir à l'époque où elle n'avait pas à se poser ce genre de questions ! Et si elle restait ici, si elle fréquentait trop des gens comme ça, si elle devait trop faire de concessions, elle finirait par ne plus être elle-même. Oui par oublier. Et ça, ce serait vraiment pire que tout !

- C'est vrai, on ne saura pas vraiment si je ne retrouve pas le directeur. Mais c'est lui la solution !!! Le directeur !!! C'était obligé, il saura tout ! Il a su me retrouver quand j'étais perdue à Milan et que je ne savais même pas quand j'étais, comme toi il t'a trouvée quand tu étais là où tu étais, à taper des gens, comme tous les autres élèves partout dans le monde. S'il ne sait pas me faire ça, alors a quoi il sert ? Et pourquoi il ne l'a pas encore fait ?! Non, non, non, non, non, c'est lui parce qu'il est obligé, il va me ramener chez moi et c'est tout !!!

Elle avait presque crié. Comme si cela pouvait renforcer la certitude que c'était la réalité, le futur tel qu'il ne pouvait qu'arriver. Son passé existait bien, elle ne l'avait pas rêvé. Et son retour était certain lui aussi, personne ne pourrait l'en priver !
Elle regretta presque aussitôt d'avoir haussé la voix. Elle avait oublié qu'elles n'étaient pas seules dans le bâtiment. La porte d'une des pièces d'à côté s'ouvrit, et une fille -une élève qu'Appia connaissait un peu- sortit la tête à travers l'ouverture pour voir ce qui se passait. Elle découvrit la petite rubis face à une brute notoire, et se fit probablement sa propre interprétation de la scène puisqu'elle demanda:

- Ça va Appia ? -elle désigna Lynn' du menton- "Elle" ne t'embête pas ?

La Romaine hésita, son regard passant de Lynn à l'autre rubis. Puis elle eut un sourire rassurant et ravi (voire adorable, même si elle détestait ce mot, surtout s'il servait à la qualifier, et encore plus s'il venait de la bouche d'un adulte) comme elle savait si bien les faire, à l'adresse de la fille et dit:

- Oh ne t'inquiète pas Lily, on ne se disputait pas.

La dénommé Lily, quoique visiblement moyennement rassurée, les dévisagea encore un moment avant de refermer sa porte.

Et qu'aurait fait Appia si elle avait été une Lynn ? Elle lui aurait dit d'aller se faire voir, avec un grand renfort d'obscénités ? Elle l'aurait menacée, frappée ? Mais de toute façon, la fille ne se serait jamais proposée pour s'interposer si Appia avait eu la réputation d'une teigne, non ?
Se tournant de nouveau vers Lynn' et lui souriant gentiement, la petite rubis lui dit:

- Je ne vais pas rester ici, je suis sure qu'avec le bruit qu'"on" a fait les gens vont nous écouter.

Sur ces mots, elle se laissa glisser de sa chaise, réajusta sa jupe, son gilet, et ramassa son sac.


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